José Mourinho ne l'a jamais caché : sa carrière de joueur s'est arrêtée en troisième division portugaise. Arrigo Sacchi, lui, répondait aux sceptiques avec cette formule restée célèbre : « Je n'avais pas réalisé que pour devenir jockey, il fallait d'abord avoir été un cheval. » Ces deux noms suffisent à poser la question clairement : peut-on diriger une équipe au plus haut niveau sans avoir soi-même foulé les pelouses en professionnel ? En France, la réponse est oui — mais le chemin est bien plus tortueux que pour un ancien joueur pro.
En France, entraîner une équipe de Ligue 1, de Ligue 2 ou de National 1 requiert obligatoirement le Brevet d'Entraîneur Professionnel de Football, le BEPF. Délivré par la DTN de la FFF, il est accessible à une dizaine de candidats seulement chaque année, après un cursus d'un an à Clairefontaine. La formation couvre la tactique, la gestion de vestiaire, la communication et la politique de recrutement. À son issue, le titulaire obtient une Licence Technique Nationale équivalente à la Licence UEFA Pro.
Pour y accéder, il faut d'abord obtenir le Brevet de Moniteur de Football (BMF), puis le Brevet d'Entraîneur de Football (BEF) et enfin le DESJEPS — plusieurs années de formation pouvant coûter jusqu'à 27 000 euros sans prise en charge.
Le système avantage clairement les anciens pros : comme le souligne le site de foot Onze de Légende, un joueur comptant 150 matchs en Ligue 1 ou dix sélections internationales peut candidater directement au BEPF, quand un entraîneur issu du monde amateur doit justifier d'au moins cinq saisons comme entraîneur principal au niveau national. Entre 2002 et 2014, 85 % des stagiaires formés au BEPF étaient d'anciens joueurs professionnels.Guy Roux n'a jamais joué en professionnel. Après une carrière amateur à Poitiers et Limoges, il prend les rênes d'Auxerre en 1961 alors que le club évolue en ligue régionale, et le mène jusqu'au titre de champion de France en 1996 et à quatre victoires en Coupe de France, formant au passage des joueurs comme Cantona, Boli ou Cissé.
Ancien professeur d’anglais, Gérard Houllier n'a lui non plus jamais été pro. Il entre dans la légende du PSG en 1986 en gagnant le championnat de France, ce qu’il fera également avec Lyon en 2006 et 2007, sans oublier la Coupe UEFA avec Liverpool en 2001.
Leonardo Jardim, lui, a joué quelques années au handball avant de se tourner vers les bancs de touche. Sans jamais avoir été footballeur professionnel, il construit patiemment sa carrière au Portugal avant de débarquer à Monaco, où il décroche le titre de champion de France en 2017 et est élu meilleur entraîneur de Ligue 1.
Julien Stéphan, fils de Guy Stéphan, n'a évolué qu'en CFA2. Après des années à s’occuper des joueurs formés au Stade Rennais , il est propulsé entraîneur principal en 2018, remporte la Coupe de France face au PSG et est à son tour élu meilleur entraîneur de Ligue 1 à Strasbourg en 2022.
Enfin, Will Still représente le cas le plus extrême : ce Belgo-Britannique, formé sur Football Manager, n'a jamais dépassé la quatrième division comme joueur. Nommé entraîneur du Stade de Reims en 2022 à 30 ans, il enchaîne 17 matchs sans défaite en Ligue 1 — et son club doit payer 25 000 euros d'amende par match, faute de BEPF.
Ces exemples montrent que le titre de champion, la Coupe de France ou la distinction de meilleur entraîneur de Ligue 1 ne sont pas réservés aux anciens pros. Mais le système français reste structurellement pensé pour eux.
Là où le Portugal, l'Allemagne ou l'Angleterre ont depuis longtemps normalisé l'émergence de techniciens sans grand passé de joueur, la France continue d'imposer un parcours plus long, plus coûteux et plus incertain à ceux qui viennent d'ailleurs. En espérant que cela puisse changer un jour…